Moment de délectation radiophonique ce matin : France Inter recevait Sylvain Tesson, auteur d’un récit de traversée discrète du pays intitulé : Sur les chemins noirs. Le film vient de sortir avec Jean Dujardin. J’ai immédiatement pensé aux chemins noirs -et bitumineux ! que j’ai vus surgir dans mon propre jardin.

À ce sujet, j’ai découvert récemment — grâce à un courrier de Grand Paris Seine Ouest (GPSO) à propos du ralentisseur qui a endommagé ma voiture rue Léon-Cladel — que la voirie de Sèvres n’était plus de compétence municipale, mais avait été transférée depuis plusieurs années à cet établissement public intercommunal. Absent de la ville de 2008 à 2019, pendant qu’on procédait à ce transfert de compétences, je n’avais pas été mis au courant. Pourquoi Ronron ne m’en a-t-il jamais soufflé mot, alors que je lui ai écrit à maintes reprises sur ces bitumages intempestifs ? Pourquoi n’a-t-il pas simplement transmis mes courriers à GPSO, dont il est de surcroît vice-président ?

Il avait en effet l’obligation de le faire en vertu de l’article L.114-2 du Code des relations entre le public et l’administration. Celui-ci dispose on ne peut plus clairement : « Lorsqu’une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l’administration compétente et en avise l’intéressé« . Ronron a-t-il rempli cette obligation, qui s’impose d’autant plus à lui qu’il est vice-président de GPSO ? Que nenni. Quant à l’établissement public GPSO, il m’a certes répondu à la marge sur le point annexe que constitue la casse de mon amortisseur par un ralentisseur, mais il n’a pas davantage communiqué le moindre document relatif au bitume généreusement répandu dans mon jardin, ni même accusé réception de la demande complète adressée au maire de ma commune.

Les silences de Ronron (auxquels s’ajoutent ceux de l’intercommunalité) posent donc problème, au-delà même de l’incroyable inertie qui a accueilli mes réclamations pendant près de deux ans. Et ils m’amènent inévitablement à me demander s’ils ne procèdent pas d’une stratégie ayant pour effet ou pour objet d’occulter la présence d’une collectivité publique derrière l’épandage -irrégulier- dont j’ai été victime. En tout état de cause, c’est là une double irrégularité : dans un premier temps on bitume sans respecter les limites de la voirie municipale, dans un deuxième temps on s’assied purement et simplement sur les demandes d’explication émanant des citoyens surpris -et sur l’obligation légale de traiter ces demandes, y compris en aiguillant celles-ci vers l’autorité compétente.

Ce qui me fait penser à une stratégie, c’est la « Lettre d’infos » municipale du 5 octobre, dans laquelle Ronron exalte son projet Cœur de ville. Cette lettre ressemble à un gruyère plein de trous. La preuve, plus un mot sur la démolition de la passerelle qui relie les deux versants de Sèvres — pourtant annoncée avec insistance dans ses précédentes communications. Y aurait-il, soudain, une prise de conscience ? A-t-il perçu l’incohérence qu’il y avait à dénoncer des cheminements « vieillissants, accidentés, peu confortables » tout en voulant raser le seul ouvrage qui assure encore une liaison piétonne directe au-dessus de l’avenue de l’Europe ? Ou bien s’agit-il simplement d’un brouillard politique opportun ?

En l’état, tout demeure dans le flou. Le discours s’épaissit comme le bitume, et les voies d’accès au centre-ville, dans leur confusion croissante, ressemblent désormais aux « chemins noirs » de Tesson. J’y vois errer Ronron, tel un personnage de l’Énéide cheminant obscur dans la nuit solitaire.

« On me dit : Où vas-tu ? Je l’ignore, et j’y vais », écrivait Victor Hugo dans Les Contemplations. Sans bousssole mais plein de certitude, ainsi va Ronron…

Bernard FONTAINE

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