Sept guerres conclues « en l’espace de sept mois », s’est vanté Donald Trump à la tribune de l’ONU. Parmi celles-ci, « le conflit entre l’Aberbaïdjan et l’Albanie ». Que Trump prononce mal l’Azerbaïdjan et se trompe sur l’Arménie, peu importe : il lui faut le prix Nobel de la paix.

À Sèvres, notre maire, que d’aucuns surnomment affectueusement Ronron pour son calme placide, mériterait sans doute, lui, le Nobel de la transparence municipale. Non qu’il en fasse un usage immodéré : mais il cultive avec constance l’art de laisser reposer les courriers, comme on laisse mûrir une pâte à brioche.
Depuis que les agents municipaux ont déversé « un petit reste de bitume » de vingt mètres carrés dans mon allée — sous prétexte d’éviter un long détour vers la déchetterie —, j’ai eu tout loisir de lui écrire. Quatre courriers, pour être exact.

A-t-il répondu ? Pas encore. Mais peut-être médite-t-il longuement la meilleure formule, pesant chaque mot à l’aune de la diplomatie communale. On pourrait s’en agacer ; on préfère y voir une philosophie du temps long. Encore faut-il qu’à force de méditer, l’action ne s’endorme pas.

Ma mise en demeure, reçue le 25 septembre, se verra-t-elle honorée d’une réponse avant le 10 octobre ? J’en doute un peu, mais il n’est pas nécessaire de réussir pour persévérer — n’est-ce pas déjà un bel effort de gouvernance que d’accuser réception ?

Je songe alors à ce magnifique film de Kurosawa, Ikiru, où un cadre municipal, usé par les parapheurs et les délais, décide un jour de prendre les choses en main. À la fin, malgré la maladie et la lenteur des rouages, un parc voit le jour, fruit de son obstination.
Puissions-nous, à Sèvres, connaître pareille illumination ! Qu’un jour, dans un sursaut de zèle ou d’inspiration, Ronron quitte son antre douillet et se dise : « Tiens, si j’allais répondre à ce citoyen ? »

Car au fond, la transparence, ce n’est pas un prix à décrocher : c’est une lumière à rallumer

Bernard FONTAINE

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Une réponse à « Ronron, prix Nobel de la transparence ! »

  1. Avatar de Jean-C. Deschoses
    Jean-C. Deschoses

    Ton “prix Nobel de la transparence”, cher ami, m’a fait éclater de rire ! Et pourtant, derrière le trait d’humour, il y a quelque chose d’inquiétant : cette façon qu’ont certaines institutions de transformer le silence en vertu. À force de ne rien dire, elles finissent par se persuader qu’elles gouvernent par la sérénité.

    Ronron n’est pas seul : il incarne une école. Celle où la transparence se mesure non pas à ce qu’on révèle, mais à ce qu’on réussit à taire sans faire de vagues. On appelle cela, dans les bureaux d’études, la gestion apaisée de la communication : un art consommé de la parole anesthésiante.

    J’ai connu, jadis, un directeur général qui signait tous ses courriers “dans un souci constant de transparence”. Il n’avait jamais rien écrit d’autre : la formule suffisait à tout couvrir, comme un vernis réglementaire. C’est peut-être cela, le véritable secret de ton Ronron : un équilibre parfait entre courtoisie et immobilisme. Une transparence tellement pure qu’elle devient invisible.

    Continue à secouer doucement ce bel édifice. Les institutions qui dorment trop longtemps finissent toujours par se réveiller — souvent en sursaut, quand le citoyen leur met le miroir sous le museau.

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