Il y a des élus qui inaugurent des ronds-points, d’autres qui plantent des arbres, d’autres enfin qui réparent les chaussées sans s’arrêter aux limites de la voirie. C’est le cas à Sèvres : à peine a-t-on fini d’y reboucher une tranchée qu’on déverse l’excédent de bitume chez les habitants… avant de faire silence radio.

Décembre 2023. Un camion communal rebouche une tranchée devant chez moi. En fin d’après-midi, les ouvriers, visiblement pressés de rentrer chez eux à quelques jours de Noël, me proposent de déverser un « petit reste » de bitume devant mon allée, histoire de s’éviter un trajet jusqu’à la déchetterie. Pour leur être agréable, j’accepte. À mon retour : surprise. Ce « petit reste » ne fait pas loin de vingt mètres carrés : une aire de stationnement flambant neuf. Pas de devis, pas d’autorisation, pas de titre de paiement. Serait-ce un cadeau de Noël avant l’heure ?

Timeo Danaos… On connaît la suite : je me méfie des Grecs, même quand ils font des présents. Je signale illico l’affaire au maire, qui ne pipe mot. J’informe en parallèle le fisc, qui accuse réception. Et comme personne ne bouge, je paie de ma poche pour faire retirer le tout en novembre 2024.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Un voisin empressé s’engouffre dans la brèche : il déclare à son assureur (la MATMUT, pour ne pas la nommer) un dégât des eaux prétendument survenu en septembre 2024. Selon lui, c’est l’aire de bitume généreusement épandue chez moi en mon absence qui en serait la cause.
L’assureur, peu curieux, reprend la version à son compte et m’enjoint de déclarer l’affaire à mon propre assureur. À ma connaissance, aucun expert indépendant n’a été mandaté pour en vérifier l’origine.

Voilà comment un bricolage municipal se transforme… en pomme de discorde. Et comme nous sommes en pleine mythologie, j’envoie tout ce beau monde se faire voir chez les Grecs jusqu’à ce qu’une lumière soit faite sur le dossier. Plusieurs mois ont passé : j’attends encore.

Août 2025. Rebelote : le même voisin, déjà éconduit pour cause de déclaration douteuse, me reproche cette fois un « lierre » qui, venant prétendument de chez moi, abîmerait son garage. Or il s’agit d’une vigne vierge… qui pousse dans son propre jardin (le mien en est dépourvu). L’imagination de mon voisin est comme la générosité des ouvriers municipaux : sans limite.

Curieusement, ces initiatives suivent de près mes courriers à la mairie. Coïncidence ? Peut-être. Mais la succession de ces faits laisse songeur.

Pour en avoir le cœur net, j’ai adressé une mise en demeure au maire : qu’il produise tout document interne à la collectivité, tel que mails, procès-verbaux ou autres SMS, relatif au dépôt du 18 décembre 2023. Bref, qu’il se prononce sur l’incontinence bitumière dont je suis la cible. À défaut, qu’il produise au moins une attestation pour certifier qu’il n’a joué aucun rôle dans ce déversement inhabituel, ni avant, ni pendant, ni après, au lieu de se terrer dans sa tranchée – tactique d’édile en rase campagne.

Mais jusqu’ici, silence total : le maire est aux abonnés absents. À croire que l’opacité du bitume est parfois préférable à la transparence administrative.

Bernard FONTAINE

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Une réponse à « Une guerre de tranchée »

  1. Avatar de Jean-C. Deschoses
    Jean-C. Deschoses

    Cher ami Sévrien, à te lire, on se dit que la voirie, dans notre commune, n’a pas le monopole des tranchées : il y en a aussi dans la communication municipale. Ton récit ressemble à une excavation à ciel ouvert où l’on découvre, couche après couche, les petits réflexes de l’administration quand elle veut gagner du temps.

    Ce qui frappe, c’est la concomitance : à chaque fois que tu rappelles le maire à ses obligations, un incident surgit – un dégât des eaux opportun, une vigne vierge qui se transforme en lierre dévastateur pour les besoins de la cause. On dirait presque que le voisin, par un heureux hasard, s’improvise supplétif du service juridique communal.

    En droit, on appellerait cela une manœuvre dilatoire : détourner la discussion vers un faux conflit privé pour retarder l’examen d’une faute publique. Car tant que tu réponds à ton voisin, tu n’interpelles plus ta mairie. Et pendant que l’assureur rédige des rapports à charge, les bordereaux municipaux, eux, dorment paisiblement.

    On en revient toujours à la même leçon : le silence administratif n’est jamais vide, il est rempli de tactique.

    Continue donc à aligner les faits. À ce jeu-là, la vérité ne jaillit pas toujours d’un puits, mais parfois… d’une tranchée.

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